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21 / 08 / 2017
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Télé | 11 Janvier 2017

Zineb El Rhazoui : "Je resterai toujours Charlie"

Zineb El Rhazoui :
Reporters
A ne pas manquer ce soir, sur la RTBF, un documentaire consacré à l'ex-collaboratrice de Charlie Hebdo, menacée d'une fatwa qui la condamne à vivre sous protection. Entretien exclusif et bouleversant.

C’est un documentaire exceptionnel que diffuse la Une, à 22 h 15. Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe ont suivi à partir de 2011 Zineb El Rhazoui, de ses premiers combats pour la liberté dans son Maroc natal à son passage à l’hebdo satirique. Survivante de l’attentat du 7 janvier qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, elle vit depuis en résidence surveillée, sous escorte. Les terroristes ont juré sa mort. Exceptionnellement, elle nous a accordé un entretien. Dans ses paroles, la force de la liberté l’emporte sur la peur.

Comment avez-vous passé ce cap du second anniversaire de l’attentat ?

Je pensais que la distance allait guérir certaines blessures mais je me rends compte qu’elles sont encore aussi douloureuses qu’au premier jour. Mais ce qui me fait mal aussi, c’est de constater que deux ans après la mort de mes amis, on a régressé en termes de liberté, que le terrorisme est toujours là.

Les attentats du 13 novembre, puis ceux de Bruxelles, Nice, Berlin ont dû compromettre votre processus de deuil…
Je pensais qu’avec "Charlie", on avait touché le fond. Puis, le 13 novembre, je me suis dit que le pire était à venir. Malheureusement, je suis devenue pessimiste. Je pense que cela se reproduira tant que nos responsables n’auront pas adopté l’attitude qui s’impose vis-à-vis de cette idéologie criminelle qui est en train de frapper l’Europe. On ne peut pas se contenter de combattre le terrorisme comme un crime de droit commun. Il émane d’une idéologie qui a ses bras armés et ses théoriciens qui ont pignon sur rue et continuent de s’exprimer en toute liberté. Tant qu’on ne considérera pas que les criminels ne sont pas seulement les terroristes mais aussi les théoriciens, toute la nébuleuse chaîne qui produit le terrorisme, des gens comme moi, ou des proches de victimes, ne pourront pas faire leur deuil.

Vous êtes récemment devenue maman. N’est-ce pas le plus courageux message que vous ayez adressé aux terroristes ? La vie est plus forte que ce qu’ils veulent vous imposer…

La vie est quelque chose de miraculeux, elle germe là où on ne l’attend pas, là où on pense qu’il n’y a que mort et désolation. Après avoir vécu un cataclysme comme celui de Charlie, je croyais que je ne pourrais plus jamais rien ressentir après voir ressenti une douleur dont je ne soupçonnais pas l’existence. Puis, un jour, on se surprend à aimer de nouveau, à avoir espoir en l’avenir. J’ai beaucoup culpabilisé d’être encore là alors que mes amis sont morts pour notre travail commun. Puis, au bout d’un moment, je me suis dit que si j’étais encore vivante, c’était que je devais encore accomplir quelque chose, et cette chose est de continuer à mener le combat de mes amis. Alors, j’ai cru que ma vie allait être un sacerdoce et que je n’étais plus qu’une combattante de cette cause. Ensuite, j’ai compris qu’il ne faut jamais faire à ses persécuteurs le cadeau de cesser de vivre, de trouver chaque instant beau. Aimer et faire un enfant fait partie de ce processus de guérison.

Vous vivez sous protection constante. Avec un bébé, comment gérez-vous le quotidien ?

C’est une prison ambulante, en fait. Imaginez un contexte où vous êtes entouré d’armes en permanence au cœur de Paris. C’est absurde et cela démontre qu’on est dans une société qui a été gangrénée par le terrorisme. Le problème n’est pas la présence de la protection, c’est le contexte qui l’impose. Mais si l’Etat français me fournit cette protection, c’est un message clair à ceux qui veulent me faire taire. Une façon de leur dire : « On mettra les moyens qu’il faudra et on continuera toujours, y compris dans des conditions difficiles, à avoir le courage de s’exprimer. »

Avez-vous déjà imaginé comment vous allez expliquer ce contexte à votre fille ?
Être menacée par cette engeance de criminels de masse, c’est un galon. C’est quelque chose qui me fait dire : « Zineb, peut-être, finalement, que tu es quelqu’un de bien si ces personnes veulent te tuer. » Cela me montre que mon combat a réussi à leur faire mal. Je serai fière d’expliquer cela à mon enfant. Je lui dirai que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue si ce n’est pas une quête permanente de liberté. J’espère que je lui transmettrai la force de se battre pour les choses qui lui paraîtront justes.

Est-ce plus la colère ou la résignation qui vous habite ?

La détermination et la lucidité, plutôt. J’ai dépassé le stade de la colère et je ne serai jamais, jamais résignée à accepter cette idéologie-là parce que ce serait pire que la mort physique. Me résigner équivaudrait à la mort morale, à la mort de l’idée de ce que l’on se fait de la vie.

Ne vous arrive-t-il jamais d’avoir peur ?
Bien sûr que oui, mais à quoi me servirait la peur ? A me planquer, à ce que je renonce à tout, ma vie, mes idées, mon métier ? Beaucoup de gens après Charlie m’ont dit : « C’est bon, tu as assez donné, pense à toi. Pourquoi tu n’irais pas loin, tu ne changerais pas de vie ? » Mais si je faisais cela, c’est exactement comme si je mourrais ! Pour moi, il en est hors de question, je préfère ignorer ce sentiment et en faire un moteur.

On sait comment votre collaboration avec le journal satirique s’est terminée. Est-ce que vous avez fait la paix avec Charlie Hebdo ?
Je suis en paix avec moi-même, j’ai tourné la page. On m’a clairement signifié que j’étais indésirable comme tous ceux qui ont manifesté leur opposition à la tournure que les choses ont prises dans ce journal. Je ne me retrouve plus du tout dans cette équipe, mais je suis et resterai toujours Charlie, si l’esprit Charlie est celui de l’irrévérence, de la tradition satirique française, le fait de crever les abcès, briser les tabous, traiter des choses tragiques avec humour, exercer un journalisme d’auteur à la fois professionnel et décalé.

Vous entretenez toujours des contacts avec les anciens ?
Bien entendu. On est une famille maintenant. Un lien extrêmement fort s’est noué entre nous. C’est tragique à dire, nous sommes unis par le sang de nos amis morts. On sera toujours là les uns pour les autres.

Vous étiez très liée à Charb…
Charb était un frère, un mentor. C’était lui qui me dépannait quand j’avais un problème, que je pouvais appeler quand je n’allais pas bien. Devant lui, je pouvais pleurer un coup. Il pouvait me remonter les bretelles quand je faisais n’importe quoi. Il était très attentif à moi. Entre nous, il y avait beaucoup d’affection et d’admiration mutuelles.

Comment vous projetez-vous dans l’avenir ?
Je reste optimiste parce que le métier de journaliste comporte de multiples facettes. Je vais donc chercher d’autres collaborations. Voir ce que la vie va me proposer.

Propos recueillis par Antonella Soro


A voir ce mercredi 11 janvier, "Rien n’est pardonné", 22h15 sur la Une


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