Richard Ruben : "Je reviens avec un Gonzague tout nouveau"

Après avoir fêté en 2015 ses 25 ans de carrière, l'humoriste belge se réinvente dans un spectacle inédit, "En sursis".

Si l'on se réfère au titre de votre nouveau one man show, nous sommes tous en sursis. A moins, bien sûr, qu'il ne faille le prendre au second degré…
On est dans une époque où tout semble partir en vrille. On n'a plus de repères, il y a des attentats, les résultats des élections défient tous les pronostics, les populistes sont là, les gens ont peur. On est à un carrefour de notre histoire. Face à ça, j'ai voulu offrir un spectacle positif, mais en parlant de tout ce qui nous arrive aujourd'hui. Je me moque de tout. C'est un show plutôt optimiste sur notre désespoir. Mais on ne fait rire qu'avec les malheurs.

Vous nous promettez un Richard Ruben 100 % neuf…

Pour l'occasion, j'ai retrouvé le metteur en scène du "Mariage de Gonzague", Michel Kartchevsky, avec qui je n'avais plus travaillé depuis vingt ans. Et il m'a fait remarquer que les humoristes font souvent le même spectacle que le précédent, mais autrement. Il ne voulait pas de ça. On a donc créé plein de nouveaux personnages à travers lesquels je m'amuse des clichés de notre société. J'ai par exemple imaginé un contrôleur routier du futur qui m'arrête car je n'ai pas de kit caresse-cuisses mains libres et que j'ai caressé ma femme en roulant. Il me reproche aussi de ne pas avoir mis de ceinture de sécurité à mes courses à l'arrière. Des trucs incroyables, mais qui vont à peine plus loin que la réalité.

Quels autres nouveaux personnages découvrira-t-on ?
Un garagiste qui m'explique les guerres dans le monde. Il y a aussi un gars devenu obsédé sexuel sur le Net et qui a ruiné sa vie à cause de ça. Je joue également un restaurateur facho de la Côte d'Azur. Chaque personnage finit en chantant des airs d'opéra. C'est très original. Je voulais le faire. Je suis ténor. Par contre, je propose un peu moins d'imitations, même s'il y en a toujours. Je suis un showman complet. Je mélange toutes les disciplines : stand-up, comédie, chant lyrique, imitations. Je dois être le seul en Belgique à faire ça.

Et Gonzague dans tout ça ?

Il revient dans une version totalement nouvelle ! C'est un Gonzague qui veut faire la révolution. Une sorte de Che Guevara du BW. Aujourd'hui, les Gonzague ne vont plus au restaurant, afin d'avoir assez d'argent pour remplir leur cuve à mazout, et les garagistes reprennent leurs grosses voitures car ils ne peuvent plus payer les traites. Gonzague, c'est le symbole de la classe moyenne, et comme celle-ci s'écroule, il est le parfait exemple de notre société.

Vous évoquez l'extrémisme religieux, le radicalisme ?

Oui, avec un ado qui a mal tourné : il est devenu humoriste. Je fais un parallélisme avec le djihadisme, avec ce jeune qui se fait embrigader dans une troupe de comiques fanatiques. Il se laisse ainsi pousser un nez rouge. C'est un sketch assez fou, un peu à la Raymond Devos. C'est très poétique.

Il y a un an et demi, vous fêtiez vos 25 ans de scène. C'était essentiel pour vous de vous renouveler ?

Oui. Je vais également avoir 50 ans cette année. Je suis à un moment charnière. Soit je fais partie des blasés qui préféreraient rester tranquilles chez eux le soir, soit je fais comme si les vingt-cinq premières années étaient un entraînement et que ça commence réellement maintenant. J'ai choisi la deuxième option.

Frédéric Seront


Le 11 mai au Centre Culturel d'Auderghem. Rés. : ticketmaster.be.
Le 17 juin à la Ruche Théâtre de Charleroi. Rés. : laruchetheatre.be

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