Bernard Menez : "Mon nez m'a longtemps complexé"

Le populaire acteur publie chez L'Archipel "Et encore… je ne vous dis pas tout", un recueil de souvenirs sur ses 50 ans de carrière et de rencontres. Succulent et plein de surprises !

Vous aurez 73 ans le 8 août. Pourquoi publier vos souvenirs, coécrits par Carole Wrona ?
Je n'ai jamais été fan des confessions. J'ai refusé "La ferme célébrités", "Première compagnie" et "Je suis une célébrité, sortez-moi de là !", des émissions où l'on se livre. Je n'aime pas ça du tout, déjà à regarder. Mais je fête 50 ans de théâtre, à peu près 40 de cinéma et 30 de chansons. J'ai eu envie de montrer qu'on peut vivre cette passion sans perdre son indépendance.

Tout jeune, vous êtes pianiste, animateur de colos, cycliste, prof… Vous repoussez le métier de comédien…
Ado, le théâtre a été une thérapie contre mon indécrottable timidité. Mais je ne pensais pas en vivre. J'étais parti pour être prof de maths, physique, chimie, c'est clair ! La première décision grave que j'ai prise a été de démissionner alors que j'étais reçu à l'Ecole normale sup de l'enseignement technique. On me payait mes études, contre dix ans à servir l'Etat. J'ai choisi l'aventure. Ça a été un drame pour mon père, qui était postier.

Le théâtre, au départ, c'était pour soigner vos complexes, notamment liés à votre nez ?
Oui, j'avais vraiment l'impression d'avoir le long nez de la famille, et pas très droit. Je me sentais à la traîne, anormal. Et d'avoir du mal avec les filles n'arrangeait rien. Mon nez a été une préoccupation permanente jusqu'au jour où, grâce au cinéma, il a été un atout. Il était temps !

Vous avez parfois envie de tordre l'image de timide, farfelu, héritée de vos rôles au cinéma ?
C'est surtout "Jolie poupée", en 1984, qui a créé cette image. C'est pourtant un coup de cœur énorme. J'ai une éducation musicale, j'ai fait de l'opéra bouffe, de l'opérette. La plus grosse émotion de ma carrière a été de chanter "La route fleurie", de Francis Lopez. On me proposait plein de projets musicaux. Je les refusais tous. Jusqu'au jour où Marc-Fabien Bonnard vient avec cette chanson légère, mais pas conne. C'est devenu un tube et j'en suis fier. Ce que je regrette, c'est qu'elle m'a empêché de tourner avec Sautet, Piala, Miller… J'ai été écarté car catalogué chanteur rigolo. Pour mes enfants aussi, ça a été dur. A la récré, il n'était pas bon être le fils de Bernard Menez.
 
"Jolie poupée" vous a aussi causé une dépression, à cause du fisc !
Ça a été terrible, terrible. J'ai eu affaire à une inspectrice des impôts convaincue que tout contribuable est un fraudeur qui s'ignore. Pour elle, c'était évident, je cachais du pognon en Suisse. Quand j'ai reçu les avertissements, avant Noël, j'ai cru qu'on me prenait tout. Je devenais fou. J'ai passé cette période incapable de parler à ma femme et mes gosses. Je tombais. Mais je ne me suis pas laissé faire. Avec un ami comptable, on a fait durant des mois des recherches de justificatifs, des calculs. A la fin, ma bonne foi a été reconnue. Mais ça a été atroce. J'étais prêt à commettre un crime. J'étais au bout du rouleau.

Vos confrères n'ont pas toujours été tendres non plus…
Oui, et pourtant, après, des comédiens connus comme Jugnot, Blanc, Depardieu, ont tous fait leur chanson. A mon avis, ils se sont dit : " Si Menez en vend un million, alors moi… " Ils se sont plantés. Jean Lefebvre, qui avait fait le Conservatoire en chant, m'a engueulé pour cette chanson, disant que c'était n'importe quoi. Quelques semaines plus tard, il sortait la sienne ! Un bide !

Pour en savoir plus, rendez-vous dans votre Ciné-Télé-Revue.

Jean-Jacques Lecocq

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