Accueillez-les "A bras ouverts" !

Accueillez-les "A bras ouverts" !

Après le succès de "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu", Ary Abittan et Christian Clavier retrouvent le réalisateur Philippe de Chauveron pour "A bras ouverts", satire réussie de la gauche caviar et des préjugés sur les Roms.

Trois ans après "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?", qui abordait déjà le thème du racisme à travers les mariages mixtes, le réalisateur Philippe de Chauveron s'attaque à un autre sujet délicat de la même eau, les Roms en France, le tout associé à une parodie féroce du milieu intellectuel de gauche, cette fameuse gauche caviar parisienne déconnectée des réalités et donneuse de leçons. Pour l'occasion, il retrouve Christian Clavier, qui troque le costume de l'ultraconservateur Verneuil pour la chemise ouverte (sur un ventre très tendu) façon BHL. Ary Abittan revient aussi, dans un rôle beaucoup plus important, qui était dévolu au départ à François Damiens. Le pitch ? Lors d'un débat télévisé, le grandiloquent Jean-Etienne Fougerole, qui assure la promo de son dernier livre, "A bras ouverts", plaidoyer pour la tolérance, est mis au défi de passer de la parole aux actes en accueillant chez lui une famille de Roms. Pris au piège, il accepte. Le soir même, la famille de Babik débarque en caravane dans sa belle propriété… Le début d'une cohabitation forcée et houleuse qui va obliger chacun à se regarder en face.

"A bras ouverts" n'était pas encore sorti qu'il suscitait la polémique. Déjà à l'époque du tournage, en fait, son premier titre, "Sivouplééé", avait déchaîné les critiques. Rire des intellectuels de gauche, ça va, rire des Roms, ça ne se fait pas. Pas sans être taxé de racisme même a priori, sans avoir vu le film.

A l'autopsie, "A bras ouverts" pour nous aborde son sujet de façon pas toujours légère, certes, mais drôle, sans misérabilisme ni malveillance, et en riant des clichés – ce qui reste quand même le propre de la comédie. Le film est dans son rôle quand il met en scène les préjugés les plus courants sur la communauté rom pour nous permettre d'en rire. Car rire des préjugés, c'est déjà les mettre à distance pour les dépasser, et pouvoir regarder les autres autrement, débarrassés des idées reçues. Ne pas le faire, c'est risquer de camper sur des fantasmes. En ce sens, il était même temps qu'une comédie ose enfin s'en prendre aux Roms.

Rencontré pour une interview, Christian Clavier ne nous disait pas autre chose : " Le rire permet aux spectateurs d'avoir de la distance. On rit des personnages, et cette distance permet de mieux juger leur situation. Et ça crée toujours de l'empathie. Un personnage dont on peut rire, on se reconnaît un peu en lui, dans ses réactions, et on peut mieux les appréhender pour les dépasser. "

Ensuite, le film prête le flanc à la critique par ses ratés. Dans le cas du personnage secondaire du Rom "bouffeur de taupes", parce qu'il ne dépasse jamais cette caricature, parce qu'il n'évolue pas et ne permet donc pas à notre regard sur lui de changer. On peut le dire raciste parce qu'il est raté, mais il n'est pas raté parce qu'il serait raciste. De la même façon, on peut avoir des réserves aussi sur le personnage de l'épouse de Fougerole, jouée par Elsa Zylberstein. Parce qu'on a l'impression d'avoir une héroïne de vaudeville, avec portes qui claquent et amant dans le placard, greffée vaille que vaille à une comédie satirique. Elle ne fonctionne que parce que l'actrice la tire avec talent du côté du burlesque. "A bras ouverts" est culotté et pêche parfois par la nonchalance de son écriture, mais grâce aux gags qui font mouche et à la performance de ses trois acteurs principaux, il est tout à fait réussi. N'en déplaise aux censeurs.

Jean-Jacques Lecocq

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET